Talacotte n’y arrive pas…

Cet article participe au carnaval d’articles organisé par Anne-Lise du blog Grandir en langues.

Ce blog aide les lecteurs à changer leur vision des langues et les encourage dans leur apprentissage au quotidien, en donnant des astuces et réflexions pour grandir avec les langues. Voici deux exemples d’articles qui m’ont particulièrement plu : 30 défis pour jouer avec les langues et Vidéo : la langue que je parle à mon fils.

Le thème de cet événement inter blogueurs est «Surmonter les blocages et obstacles d’un apprentissage ».

 

 

Ces jeunes, elles étaient arrivées dans l’été. Elles avaient voyagé toute la nuit pour arriver chez Françoise au matin, un peu sonnées par leur aventure, elles qui n’avaient jamais quitté leur poulailler.

Elles nous ont semblé bien mignonnes, avec toute leur jeunesse et leur étonnement  devant tout ce qu’elles découvraient de nouveau. Nous les regardions s’émerveiller, s’extasier derrière leur filet de quarantaine, jacassant à qui mieux mieux devant tout ce qu’elles découvraient. Et quand le soleil montait haut dans le ciel, nous les entendions pépier doucement dans l’ombre fraîche du vieux pommier, évoquant au début la Bretagne qu’elles avaient quittée, l’odeur de l’Océan ; puis de moins en moins souvent. Et quand elles ont laissé leur poulailler de quarantaine pour se mêler à nous, elles n’en parlaient plus du tout, de ce monde disparu pour toujours.

Nous leur avons fait l’accueil qu’il se doit. Quelques coups de bec quand elles ne savaient pas trop où était leur place. Mais en somme tout s’est bien passé et c’est toutes ensemble que nous somnolions sous les branches basses du figuier quand le soleil tapait trop fort. Elles ont très vite compris les usages du groupe, les règles du poulailler, à qui elles devaient le respect et quand elles devaient attendre leur tour devant les mangeoires.

Parmi les objets qui ont propulsé notre poulailler dans le XXIème siècle, il faut parler de la mangeoire automatique. Nous ne savons pas comment Françoise a eu cette idée. Sans doute en avait-elle assez de voir nos bonnes graines englouties par les moineaux. Elle nous a trouvé ces appareils qui permettent à chacune d’entre nous de ne prendre du grain que la quantité qui nous rassasie sans s’inquiéter de ce que le reste sera dévoré par les petits oiseaux du ciel.

Mangeoire anti nuisible
Une merveille du génie humain : la mangeoire à pédale qui a fait entrer triomphalement notre poulailler dans le XXIème siècle.

Ce n’est pas très compliqué. Même vous, vous sauriez vous en servir. Il suffit de monter sur la pédale verte, la trappe s’ouvre et le grain est à votre disposition. Lorsque vous redescendez de sur la pédale, la trappe se referme. Ingénieux et simple.

Mais voilà : Talacotte n’y arrivait pas. Ses deux compagnes ont tout de suite pris le pli. Cela ne leur a posé aucun problème. Mais Talacotte, impossible !

Elle tournait autour de la mangeoire, penchait sa tête sur le côté comme si elle réfléchissait intensément. Mais…rien.

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Nous avons tout fait pour lui apprendre le fonctionnement de la mangeoire. Quocotte lui a demandé de s’installer devant et de bien regarder. Et hop ! Quocotte saute sur la pédale, la trappe s’ouvre ! Et hop ! Quocotte descend de la pédale, la trappe se ferme !

Quocotte croit en la vertu pédagogique de l’exemple et de la répétition. Tout un matin, elle s’est démenée devant Talacotte. Cette dernière a sans doute cru que son aînée se livrait à une activité sportive mais jamais elle n’a montré que cela éclairait quoi que ce soit dans son petit oeil orange. Quocotte, en nage, a fini par jeter l’éponge.

Alors, avec Cracotte, nous sommes allées la voir. « Ma petite chérie, lui ai-je dit, pourquoi ne regardes-tu pas Quocotte quand elle te montre comment on utilise la mangeoire ?

– Mais je m’en moque, moi, de la mangeoire, a dit la petite effrontée. Françoise nous jette du grain matin et soir, sans compter la pâtée de quatre heures. Je mange à ma faim, je n’ai pas besoin d’utiliser la mangeoire ! »

Il est devenu évident que le problème venait d’un manque sérieux de motivation. Talacotte n’avait pas compris l’enjeu de cet apprentissage : elle pensait pouvoir se passer de la mangeoire.

« Talacotte, imagine que bientôt, Françoise ne sera plus en vacances et qu’elle ne sera plus là pour nous distribuer du grain tout au long de la journée. Comment feras-tu pour manger à ta faim ?

– Je m’en fiche. Je me débrouillerai à ce moment-là. Je verrai bien. »

Talacotte ne voulait pas apprendre…

Et un jour, ce que nous avions annoncé s’est produit : Françoise n’était plus là pour nous jeter du grain. Et Talacotte a eu faim. Elle est venue à moi, le bec enfariné, sa jolie huppe en bataille.  « Ariscotte, je veux apprendre à me servir de la mangeoire à pédale. » J’étais trop contente. Quocotte, que son premier échec pédagogique n’avait pas découragée, est revenue faire sa démonstration : Et hop ! Quocotte saute sur la pédale, la trappe s’ouvre ! Et hop ! Quocotte descend de la pédale, la trappe se ferme !

Talacotte s’est approchée de la mangeoire. Elle l’a regardée intensément. Nous l’observions toutes, le souffle coupé, attendant avidement qu’il se passe quelque chose. Talacotte a plié les genoux, Et hop, elle a bondi ! Hourrah ! Youpi ! Comme nous étions heureuses ! Mais…

Au lieu de voir les petites fesses de Talacotte, nous avions sa jolie huppe tournée vers nous. Elle nous regardait d’un air perplexe et bien sûr, elle ne pouvait pas voir le grain derrière elle. Elle est redescendue de sur la pédale et nous comprenions bien qu’elle avait le coeur lourd.

Alors Yacotte, la douce Yacotte, s’est approchée d’elle et lui a dit : « Monte avec moi, Talacotte. Regarde, je monte et toi, tu viens près de moi sur la pédale et nous mangerons ensemble, côte à côte. » Et c’est ce qu’elles ont fait. Et nous avons enfin vu Talacotte dans le bon sens, picorant le grain, debout sur la pédale. Tout doucement, Yacotte est redescendue. Elle est restée silencieuse quelques instants et elle a murmuré : « Tu vois Talacotte, tu as réussi ! Tu es sur la pédale et tu manges le grain. Tu sais te servir de la mangeoire à présent ! » Talacotte a secoué sa jolie huppe. Si les poules savaient sourire, son bec se serait ouvert jusqu’aux oreilles. Elle s’est mise à chanter de joie et nous avons toutes repris son chant en choeur.

C’était fête au poulailler.

Voilà : Talacotte a fini par dépasser les blocages et les obstacles qui l’empêchaient d’accéder au savoir. Et l’autre jour, je l’ai entendue dire à Françoise qu’elle désirait à présent apprendre à jouer du violon…

 

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