De Halloween à Noël

C’était une froide nuit d’automne, une de celles dont Françoise m’avait dit que les frontières entre notre monde et celui de l’au-delà deviennent poreuses et que d’étranges choses peuvent se produire…

Je m’étais perchée avec mes camarades comme d’habitude. La nuit était tombée. Je me suis rapidement endormie, d’un sommeil étrange et profond. Dans mon sommeil, j’ai entendu un coup de tonnerre et une brusque bourrasque. Une petite musique de fanfare s’est rapprochée du poulailler dans un flot de lumière de lune. Le chat s’est frotté contre la porte et le renard a glapi trois fois au fond des bois…

Le chat et la lune

Au petit matin, je me suis réveillée. je n’étais pas dans mon assiette. J’avais froid, je me sentais désordonnée. Mes  camarades poules me regardaient avec une nuance d’effroi dans les yeux.

Une petite poule à tête blanche

j’ai éprouvé un irrépressible désir de sortir du poulailler et de monter vers la maison. A mi-chemin, j’ai rencontré une grassouillette petite poule à la tête blanche qui descendait. Elle semblait aussi désorientée que je l’étais. Nous avons chacune poursuivi notre chemin.

Arrivée à la maison, tout me semblait étrangement familier. Pourtant, quand je suis passée devant une grande glace,  j’ai vu une jolie rousse vêtue de gris qui me contemplait avec étonnement… Il m’a fallu longtemps pour comprendre que c’était mon reflet qui me faisait face.

J’ai cherché Françoise, puisque la maison est son domaine. Elle n’était nulle part. Je l’ai attendue. Elle n’est jamais venue. Quand j’ai eu faim, j’ai su ouvrir le frigo. Quand j’ai eu soif, j’ai su tourner le robinet.

Un calendrier indiquait que nous étions le 1er novembre.

Je suis allée voir mes camarades. Elles me regardaient avec suspicion et la  poule à la tête blanche est venue me donner de petits coups de bec sur la jambe. Elle voulait me dire quelque chose mais je ne la comprenais plus. Avec mes nouvelles grandes mains, j’ai distribué du grain à mes amies, j’ai fermé la porte du poulailler pour la nuit.

Françoise n’était toujours pas rentrée et la nuit était tombée… Alors j’ai compris. La petite poule blanche, la musique de fanfare, le tonnerre, le renard qui glapit… Une  puissante magie nous avait fait échanger nos places,  Françoise et moi.

Alors, puisque je n’avais pas le choix, j’ai pris sa vie à bras-le-corps le plus vaillamment possible. J’ai dormi dans un lit. J’ai fait courir de l’eau sur moi pour ma toilette : je n’avais plus de bec. Je suis allée au travail en me levant avant l’aube – aucune poule n’avait jamais fait ça. J’ai découvert la façon dont les humains organisent leur basse-cour : Ils se donnent des coups, non avec leur bec, mais avec des mots. Le résultat est le même.

Le plus dur a été d’apprendre à utiliser un couteau.

Le soir, je regardais la télévision pour en apprendre un peu plus sur les humains. Je regardais des émissions de Téléréalité, comme ils les appelaient. Cela m’a confortée dans l’idée que les humains sont de drôles d’oiseaux.

Je regardais aussi des émissions avec des philosophes, pour la beauté de la philosophie, parce que je ne voulais pas oublier le plaisir  d’être intelligente sous prétexte que j’étais devenue humaine. Mon préféré était Raphael Enthoven, joli comme un coq, malin comme un renard…

J’allais régulièrement m’occuper de mes anciennes amies. Je m’asseyais au milieu d’elles et j’étais un peu triste de ne plus pouvoir me mêler à elles mais j’étais également contente de voir que la petite poule à la tête blanche avait été rapidement intégrée au groupe et dormait, elle aussi, sur le perchoir. Nous allions toutes deux nous asseoir sur les palettes de l’ancien poulailler pour contempler l’horizon en silence.

Cela a continué ainsi pendant près de deux mois. Un jour où le calendrier disait 24 décembre, je me suis couchée comme d’habitude, après avoir planté un bel arbre dans le salon et disposé dessus des œufs de verre soufflé doré. C’était une très jolie soirée, avec des humains rassemblés pour manger une nourriture riche même si elle ne contenait que  peu de grain. A la fin de la soirée, nous nous étions échangé de petites boites colorées en gloussant.  Quand je me suis couchée, je me sentais très lasse, j’avais le sentiment de couver quelque chose.

Arbres sous la neige

Dans mon sommeil, j’ai entendu un coup de tonnerre et une brusque bourrasque de neige. Une petite musique de fanfare s’est éloignée de la maison dans une lumière irréelle. Le chat s’est retourné sur la couette et le renard a glapi trois fois au fond des bois…

Au matin, j’étais couchée sur un oreiller et en tournant la tête, j’ai pu passer mon bec dans mes plumes gris bleu.

Alors je suis redescendue vers le poulailler. À mi-chemin, j’ai croisé Françoise qui remontait. Elle m’a prise dans ses bras et m’a embrassée longuement. Je lui ai fait des friselis dans le cou avec mon bec.

Nous avons repris nos vies respectives. J’étais contente de retrouver mes camarades, les bains de poussière et les chamailleries du coucher. Je ne sais pas comment Françoise a vécu ces quelques semaines mais parfois, nous nous retrouvons assises sur les palettes de l’ancien poulailler, nous contemplons l’horizon. Et parfois, nous échangeons un regard. Et là, je sais que nous nous comprenons parfaitement…

Cet article participe à la Cavalcade des blogs, créé par Gaëlle du blog « Cheval facile« .  Ce Carnaval est organisé ce mois-ci par Clotilde, du blog Flâneries mystiques.

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Vous trouverez ici comment participer à la Cavalcade du mois de janvier.

5 réflexions sur « De Halloween à Noël »

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